Dès mars 2005, Saez débutera une grande tournée dans toute la France. Quelques mois avant, il revient sur MusicActu pour nous parler de "Debbie", de ses textes "plus appliqués" et de ses angoisses chroniques...

"Debbie" est à présent disponible depuis la rentrée. Quels sont les échos que tu as pu avoir sur cet album, aussi bien du public que des professionnels ?

Le retour du public est éparse parce que nous n'avons pas encore fait de concerts. Je ne peux pas réellement me rendre compte si telle ou telle chose marque plus qu'une autre. Le reste ne m'intéresse pas des masses, j'ai mon avis sur ce disque là, je n'ai pas trop écouté les autres.

Les textes de "Debbie" semblent beaucoup plus affûtés que ceux de tes précédents albums. Est-ce que tu as un peu délaissé ce côté 'revendication de jeunesse', ou est-ce que c'était simplement une volonté de parler d'autre chose parce que tu as mûri ?

Je ne crois pas parler d'autre chose, je n'en parle pas de la même manière. Les textes sont plus appliqués et les pensées sont différentes. C'est vrai que les revendications ne sont pas complètement les mêmes, mais la base est pareille. Il y a une réflexion plus grande, dûe à l'expérience. Pour moi, les textes ont plus de perspective.

Il y a quatre ans, tu te disais obsédé par des idées morbides. Est-ce toujours le cas ? Dans quelle mesure est-ce un moteur pour ta musique ?

Je ne crois pas que ce soit un moteur mais oui, je suis un peu angoissé... l'idée de mort...

Tu es quelqu'un d'angoissé au jour le jour ?

Ouais, carrément. Physiquement je veux dire, pas nerveusement. Tu perds tes moyens, t'as des vertiges tout le temps, tu trembles, t'es agoraphobe.

Ta musique te sert à sortir de cet état ou bien est-ce un récit de tes angoisses ?

Ca aide, mais je ne crois pas que je fais de la musique pour ça, ce n'est pas un acte volontaire. Je fais de la musique car j'en ai toujours fait et parce que j'ai des choses à dire.

Certains titres de ce nouvel album ont un caractère très pessimiste, je pense à "En Travers les Néons" et à "Autour de Moi les Fous". Quel a été le moteur pour les écrire ?

Les gens, diverses histoires que j'ai vécues ou que d'autres m'ont inspirées. "En Travers les Néons" c'est un peu les cafés, les troquets un peu alternatifs qui ferment tard et les gens, les types de personnes qui traversent les néons. Pour "Autour de Moi les Fous", j'étais en pleine discussion avec tous mes potes, sur les systèmes politiques, les idéaux...

Disons que tu évolues dans un "monde idéal". Qu'est-ce que tu chanterais ?

Dans chansons pour faire danser les gens. Mais j'ai pas dit de la merde (rire). Je dis de vraies chansons, par exemple "C'est Extra" (de Léo Ferré, NDLR), qui est super positive.

À la fin de l'album "Debbie", tu proposes un titre un peu onirique avec des voix féminines nippones. D'où vient l'idée ?

J'avais vu des photos de la floraison des cerisiers à Kyoto, toute la ville est rose de ces cerisiers en fleurs. J'ai appris qu'il existait une chanson traditionnelle qui parlait de ça. Comme une amie du producteur de l'album est japonaise, je lui ai demandé de venir en studio. Ce titre me rappelle un peu la musique d'un manga qui s'appelle Ghost In The Shell. C'est cool, c'est pour s'endormir...

Quand on écoute tes albums, on a cette impression d'un travail assez acharné, aussi bien au niveau de la musique que des textes. Tu es un gros bosseur ?

Oh putain ouais ! C'est aussi pour ça que la santé ne suit pas, je ne me nourris que de café, je dors quatre heures par nuit, c'est ça pendant six mois. À la fin de l'album, il me faut six mois pour m'en remettre.

Tu travailles sur autre chose actuellement ?

Je prépare un autre album. En ce moment j'écris des textes.

Dans sa critique de "Debbie", le site de vente en ligne Alapage mentionne : "Depuis la mort artistique de Bertrand Cantat, la scène rock hexagonale se cherche un nouveau prophète (...). Damien Saez tombe pile poil en dégainant ce Debbie aux influences Noir Désir". As-tu suivi l'affaire Cantat ?

Je ne suis pas trop 'faits divers', ça ne me regarde pas.

Qu'est-ce que cette phrase t'inspire sur le plan artistique ?

Je n'en suis pas à mon premier album, j'en ai trois et je n'ai pas attendu le dernier pour faire un tube. "Debbie" est un peu à part sur l'album, c'était une volonté de faire un titre rock alternatif influencé 'fin des années 80'. L'énergie rappelle forcément Noir Dés' mais, en même temps, les cuivres rappellent un peu la "Mala Vida" de la Mano Negra. La parenté que les gens trouvent entre le chanteur de Noir Désir et moi, c'est que lui a été le premier à mettre du 'brélien' sur du rock, à mettre le lyrisme culturel français sur du rock. C'est aussi ce que je fais.

Ca te saoule que les journalistes te citent toujours Noir Désir ?

Non, non ça me saoule pas parce que... je sais pas... Le Vent Nous Portera !

Tu vas débuter une tournée en mars 2005...

Y'a plus de trente dates je crois, plus les festivals et on refera une tournée en octobre. J'ai commencé à y réfléchir, pour trouver l'enchaînement des chansons, créer un univers.

Est-ce que tu ressens la tournée comme quelquechose de fatigant, à l'image de l'enregistrement d'un album ?

J'adore ce que je fais mais les deux sont quand même la galère ! Les gens qui rêvent de faire ça vont se dire : "Il est cinglé, il est ouf, il se rend pas compte" ! J'ai toujours dit que sur scène il y a une part de viol, c'est se mettre à nu tous les soirs. Tu peux vite devenir un peu cinglé...

D'autant que tu avoues être agoraphobe...

En fait j'arrive à monter sur scène, mais ça ne m'étonne pas que beaucoup d'artistes aient éprouvé le besoin de le faire. Etrangement, ce sont des gens qui ne supportent pas d'être dans la foule.

Tu as l'impression d'être protégé sur scène ?

Ouais, carrément. C'est pourtant une mise en danger de monter sur scène. Mais ça rassure aussi...

Fabien Lacoste