La quintessence du B

Sémiramis Il y a 3 mois

Le jour de Mercure

La randonnée commença mal, nous nous dirigions vers le chemin habituel, mais dès le seuil, nous fûmes poursuivis par deux molosses qui nous interdirent de passer. L’un d’eux continua même d’être à nos trousses après que nous avions fait demi-tour. Nous allions donc prendre le chemin plus long. Celui qui nous faisait passer devant ce Christ en croix, calvaire au bord d’un bois. Nous devions prendre la route du Puits. Cette route, nous l’avions déjà empruntée de nombreuses fois, mais elle n’avait jamais été parsemée d’autant de cadavres. Leurs organes étaient presque blancs. Les sacrifiés des chemins perdus. Il fallait en écarter les chiens. Puis, nous nous arrêtâmes près du pré aux chevaux pour manger des mûres. Les chiens noirs s’en régalent. Certaines avaient un goût doux et sucré tandis que d’autres étaient acidité. Nous reprîmes ensuite la marche.

Arrivés au vrai commencement, celui que nous n’avons fait qu’une seule fois, nous nous rendîmes compte que nous nous étions trompés. Ce n’était pas la randonnée près de la rivière et l’Abbaye. Nous avions confondu. Nous avions alors le choix : continuer ou recommencer. Il nous fallait faire demi-tour, prendre la voiture et conduire jusqu’à là-bas. Le temps étant déjà bien avancé, nous avons décidé de poursuivre, maintenant que nous étions là. Et puis, il y avait aussi une rivière dans cette randonnée-là. Alors, nous avons traversé le carrefour et continué sur la route goudronnée au milieu des sapins après être passé en contrebas de l’énorme croix de bois et devant la maison à la porte encore ornée d’une guirlande de Noël. Il faisait beau. Des cris d’oiseaux-singes se firent entendre. Mais nous n’avions pas peur. Leur demeure est la forêt, ils sont chez eux, nous ne faisons que passer.

Enfin, nous arrivâmes à la prochaine étape, nous avons emprunté le sentier de gauche et traversé la première forêt. Des flaques jonchaient le sol. Les chiens voulurent s’y désaltérer, nous les en empêchions. Nous leur donnerions de l’eau un peu plus tard. Nous ne savions depuis quand ces eaux-là stagnaient. Nous durent enjamber une branche tombée en travers de la voie. Les chiens se mirent en alerte et regardèrent à droite, quelque chose passa, mais je continuais d’avancer. Une peau de serpent géant était prise dans la terre, je ne la remarquai pas, il m’en fit part, et je revins sur mes pas pour la voir. Je ne fus pas convaincu, ce n’était qu’un vieux sac de fibres qui se désagrégeait là.

La forêt déboucha sur une nouvelle route de goudron, devant une maison, il nous fallait aller à droite et la suivre. D’un côté, un champ, de l’autre la forêt continuait, son orée était bordée de ronces offrant leurs mûres en abondance. Il me dit qu’il n’en avait jamais vu autant. Nous en mangeâmes encore, les chiens noirs aussi. Les chiennes rouges ne les aiment pas, elles cherchaient de l’herbe ou des mulots morts. Avant la fin du bois, des oisillons hurlèrent. Ils étaient nombreux. Leurs cris de nouveau-nés perçaient le silence.

Le bois s’arrêta et laissa place à un champ moissonné, comme de l’autre côté. Je ramassai un coquelicot et le mis dans mes cheveux. Nous passâmes devant la moissonneuse rouge et atteignîmes le bout de la route dans un lieu-dit. En face, un sentier débutait, mais ce n’était pas le nôtre. Nous devions prendre l’impasse à droite, passer devant de Fils en Aiguilles et avancer sur le chemin qui mène à la seconde forêt. De nombreuses mouches peuplaient cet endroit, après le potager puis le verger de pêchers sans pêches, nous sommes entrés. Cette forêt était beaucoup plus sombre. Il était temps de se reposer. Deux bûches étaient disposées un peu plus loin. Nous y avons posé nos affaires et donné de l’eau aux chiens. Ils buvaient encore quand une femme avec un gros canidé noir survint au loin, elle nous vit et l’attacha avec une laisse rouge. Nous retinrent les nôtre, la plus grosse voulut jouer. La femme passa, la laisse rouge fixant son chien près d’elle. Nous nous assîmes alors pour boire et manger. Au loin quelque chose sortit des branches d’un arbre, nous ne pûmes voir ce que c’était, mais nous sûmes que c’était imposant.

La pause dura 45 minutes. Le ciel s’était couvert, j’avais froid. Nous croisâmes un homme s’aidant d’un bâton et deux enfants, des jumeaux : un garçon et une fille. Une des chiennes rouges leur aboya dessus. Nous les laissèrent passer. Le chemin commença à descendre. Nous longeâmes le précipice peut-être d’un ancien château. Des barrières empêchaient la traversée de ces ruines. Nous continuâmes, descendîmes le sillon d’un vieux ruisseau asséché et débouchâmes derrière un cimetière. Il nous fallait traverser un village, emprunter la route du Château pour arriver au premier pont qui enjambe la rivière. J’y jetai le coquelicot qui avait fané depuis. Puis, nous nous écartâmes du parcours pour nous rendre dans un parc à proximité et amener les chiens au bord de l’eau. La plus grosse chassa dans la vase. Nous reprîmes la direction du premier pont, nous passâmes sur le second, puis devant le moulin, avant d’entamer une montée abrupte dans un nouveau petit bois. Ce dernier sortait sur le chemin du vieux cours qu’il fallait traverser pour rejoindre une nouvelle montée à travers bois. Des postes de chasses nous entouraient. Le sentier devint route caillouteuse à travers des champs vides. Nous nous arrêtâmes quelques instants pour donner de l’eau aux chiens et boire nous-mêmes. Le ciel restait voilé et quelques gouttes de pluie nous touchèrent. Au loin, la forêt abritait quelques corbeaux qui se faisaient entendre. Nous dépassâmes le tas de pierres et regardâmes le grand chêne magique qui trônait dans son champ. Le chêne aux deux troncs qui s’unissent.

Arrivés au mont écaché, nous devions prendre à droite, passer devant les habitations et le verger de pommiers gavés de pommes rouges. Au grand buis, prendre à nouveau à droite, puis tout de suite emprunter l’axe à travers champs. Les liserons blancs fleurissaient sur les pieds des maïs. Nous longeâmes ensuite le dos d’une ferme où les moutons en troupeau sous un pommier de pommes vertes, nous regardaient avec effroi. Nous remarquâmes un mouton blanc à l’écart. Le mouton noir. Nous continuions. Nous sommes de l’autre côté du grand chêne. Il trône toujours fièrement au milieu de la plaine. Nous sommes en haut de la colline, nous entamons la descente vers notre village. Mes hanches me font mal. Nous avons presque terminé.

A l’entrée, une belle pomme verte est disposée sur le trottoir, j’avertis le chien noir de ne pas la croquer. D’autres pommes vertes, plus naturelles, sont un peu plus loin, en tas, au sol. Nous passons à côté et riions. Nous arrivons au centre du village, une dame s’arrête pour complimenter nos chiens. Nous repartons pour nous arrêter au guet du Crevon. Je me retourne et vois inscrit Carpe Diem sur une maison. Je ris encore. Seule la plus grosse des chiennes rentre dans l’eau, elle chasse les courants, escalade les pierres et passe dans les forêts de plantes flottantes. Bientôt l’autre chien noir la rejoint. Il ne s’aventure pas bien loin. Il ressort avant elle. Quand elle revint, nous reprenons notre trajectoire, passons le pont et entamons la dernière montée.

Nous recroisons l’homme et les deux enfants qui descendent la sente du Bel évent, le petit garçon remarque que la chienne rouge n’aboie plus sur eux. Nous poursuivons la montée, des chiens de chasse signalent notre présence. Le mouton noir n’est pas dans son enclos. La montée est terminée. Nous sommes chez nous.

319748Infini


.


Sémiramis Il y a 1 mois

Avant

Parfois je repense à avant, à mes vies d’avant, à ces autres que j’ai cru aimer, à ces angoisses du temps qui passe.
Je regrette, je regrette tellement de choses, toutes celles que je n’aurais pas dû être, ces années gâchées, ces minutes perdues. Parce que je cherchais toujours, toujours à idéaliser ce qui n’existait pas, toujours à inventer des histoires d’amour sans amour. Mais ce n’était pas des princes charmants, ah ça non, même pas toi…

Le problème des rêveurs c’est qu’ils rêvent trop, alors la réalité finit par ne plus avoir aucune saveur. On se badigeonne d’illusions de bonheur sans jamais avoir compris comment y goûter, on se croit maudit, puis noyé, parce qu’on n’a jamais vraiment cru être capable de nager. Et toujours se raccrocher à des bouées qui vous font dériver dans un courant de solitude.

S’exhiber avec des masques même pas opaques, mais tellement habituels qu’ils pensent vous connaître quand c’est avec un déguisement de vent qu’ils se promènent. Ne pas être capable de se mettre à nue c’est s’étouffer au berceau de sa vie, finir au tombeau sans jamais avoir pu respirer. Être mort avant même d’être né.

Quand j’étais enfant, je pleurais souvent, j’ai dû naître dans un nuage de pluie qui a trop imprégné mon âme. Les nuages de pluie font des enfants tristes puis des adultes d’artifices. De ceux qui s’en vont chercher le soleil pour s’y assécher.

Parfois je repense à après, à ce qui ne m’attendra jamais. La maternité, sûrement, va bien falloir s’y résigner. C’est le sort des incapables. Hors de la norme, les mots de ceux qui ne pensent pas que, pour certains, vouloir et pouvoir ne riment pas blessent d’un peu trop de maladresse.

Parfois je repense à maintenant, à cette attente de perdre encore un peu plus de temps, cette mise en suspension qui sert à quoi, dis-moi, si c’est notre perdition ?


Tu le crois, toi, que le Bonheur, c’est juste une balle dans la tête ?


Churinga Il y a 1 mois

Le regret ce n'est pas cueillir sur l'arbre un fruit, c'est déraciner l'arbre, ne même pas lui donner chance d'une nouvelle portée, d'une nouvelle saison.

Les mauvaises années ne sont pas régulières.

Le prince charmant ?
Faut sortir du conte pour enfants, le rêve c'est pour les gens qui dorment.
Idéaliser n'est pas cadenasser, si tu cherches un prince, verras-tu seulement le roi qui se pointe à ta porte, ou l'âme sœur, frère, l'inattendu ?

La solitude embrasse la plutôt que de la laisser te broyer.
Ne crois pas que tu sois le seul être à ne plus en démordre, nous sommes et resterons toujours seuls.

Le sens est réponse à la solitude, si tu ne sais te retrouver seul, avec quelle chimère de toi-même dîneras-tu ce soir ?

Quels masques sont de chair et lesquels sont d'argile ? Même la chair se divise, ne te crois pas piégée dans le mariage de tes parts, chaque seconde qui passe est un divorce qui embrasse le passé.

Le bonheur c'est un mot vulgaire pour ceux qui veulent rester stoïque et ne plus rien faire. État de feignantise, moi je cherche la joie, c'est mon regard seul qui la porte.


Balle d'oxygène qui ne perce aucune chair, qui te laisse la vie et te ravives la flamme.
Dis, ton destin tu le laisses dans les marécages de ton quotidien ou tu l'affrontes ailleurs ?

Des voyages , l'âme qui porte la chair en moi a toujours su s'abbreuver et sauter aux cous des providences qui étaient en attente de ma venue.

Ou est-ce moi qui attendait sans provoquer les coutures de mes plaies ?

Un semblant d'existence prend couleur dans le regard de l'autre, ne pas s'abaisser à nous-mêmes c'est garder l'espoir d'être en dedans toute chose, mais où se trouve notre place ?

L'avons nous réellement provoqué ?









suffragettes AB Il y a 1 mois

Le regret ce n'est pas cueillir sur l'arbre un fruit, c'est déraciner l'arbre, ne même pas lui donner chance d'une nouvelle portée, d'une nouvelle saison.

Les mauvaises années ne sont pas régulières.

Le prince charmant ?
Faut sortir du conte pour enfants, le rêve c'est pour les gens qui dorment.
Idéaliser n'est pas cadenasser, si tu cherches un prince, verras-tu seulement le roi qui se pointe à ta porte, ou l'âme sœur, frère, l'inattendu ?

La solitude embrasse la plutôt que de la laisser te broyer.
Ne crois pas que tu sois le seul être à ne plus en démordre, nous sommes et resterons toujours seuls.

Le sens est réponse à la solitude, si tu ne sais te retrouver seul, avec quelle chimère de toi-même dîneras-tu ce soir ?

Quels masques sont de chair et lesquels sont d'argile ? Même la chair se divise, ne te crois pas piégée dans le mariage de tes parts, chaque seconde qui passe est un divorce qui embrasse le passé.

Churinga


<3 cqfd
Et le verbe s'est fait chair :) car on peut toucher avec des mots.
Et je dirais même que dans l'absolu, la solitude n'existe pas; car nous sommes peuplés de mots, les nôtres et ceux des autres, ou les nôtres sont ceux des autres.

"C’est faux de dire : je pense : on devrait dire : On me pense. - Pardon du jeu de mots.

Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon." Arthur Rimbaud


Alchimie Il y a 1 mois

Parfois, pour réussir à percer l'impossible, en ravivant l'étincelle de vie, il suffit de réaprendre à se connaitre.

Faire l'éffort de cette quètte, un retour en arrière au plus profond de son être, afin de défaire les noeuds, laisser içi et là dans cette vie ou celle passé.

Trouver ce pour quoi ont est appelé à briller,vibrer le plus, commence souvent par se trouver sois même en osant affronter nos dragons.

Une technique pratique si ca peut t'aider, c'est de commencer par éplucher le parcours en long et en large de tes parents, jusqu'à ta naissance.

Puis trouver le lien entre toutes ces racines, t'aidera à briser la glace, tomber le voile, et enfin déployer tes ailes !


Bon voyage !!



Sémiramis Il y a 3 semaines

113789Sortie

C’est la grille de la porte de sortie des Enfers. Elle est ouverte, aucun garde pour empêcher la traversée. Tu te diriges vers elle, tu es à une centaine de mètres à peine. Deux diables discutent fort, tu les écoutes. Ils parlent de la grille.

- Le mécanisme marche mal, dit l’un.
- Comment ça ? dit l’autre.
- Ça fait plusieurs fois qu’elle tombe, le système ne la retient plus.
- Ah, et y’en avait dessous ?
- Oui, embrochés vivants !
- En voilà qui sortiront vraiment pas d’ici !

Ils rigolent.

- Mais bon maintenant c’est réparé, ça devrait plus tomber !
- Ouais, espérons, elles se font vieilles ces installations !

Ils partent. Tu ne les as pas bien regardés, tu n’as pas vu le regard qu’ils t’ont jeté et leurs sourires en coin.

Tu t’étais arrêté le temps de les écouter. Tu avances à nouveau, trois mètres, puis tu n’avances plus. Tu regardes la grille, elle n’est pas tombée depuis que tu l’as dans ton champ de vision. Il fait beau derrière. La discussion des diables résonne dans ta tête.


Passes-tu dessous la grille ou pas ?


Anne macairet Il y a 3 semaines

Je m'entraîne pour arriver à mon meilleur score de sprint, et je tente de passer sous la grille. Au moins, j'aurais pas de regrets, quoi qu'il arrive j'aurais essayé.


Sémiramis Il y a 3 semaines

Je m'entraîne pour arriver à mon meilleur score de sprint, et je tente de passer sous la grille. Au moins, j'aurais pas de regrets, quoi qu'il arrive j'aurais essayé. Anne macairet

Bien joué, la grille n’est pas tombée, il ne fallait pas croire tout ce que les diables ont raconté.


Anne macairet Il y a 3 semaines

j'hésite souvent à commenter vos topics créatifs, surtout quand les présentations sont autant soignées. Je suis ravie d'être donc passée sans trop "d'embuscade" ici. Ouf !


Sémiramis Il y a 3 semaines

j'hésite souvent à commenter vos topics créatifs, surtout quand les présentations sont autant soignées. Je suis ravie d'être donc passée sans trop "d'embuscade" ici. Ouf ! Anne macairet

Oh mais faut pas hésiter, je ne suis pas une sauvage, je mors pas, enfin plus ;)


Sémiramis Il y a 3 semaines

Inspirée par Tyché :
https://soundcloud.com/user-370187074/oiseau-de-lombre


Anne macairet Il y a 3 semaines

Ce sont tes textes avec ta voix que je veux entendre.


Sémiramis Il y a 4 jours

725211Loup

L'essentiel de la quête n'est pas le but mais le chemin.


Répondre
Contacter un modérateur Voir les statistiques