#brigade culturelle et passerelles dans le jardin des âmes

« et s'il est sûr que le monde doit être sauvé, il le sera par la poésie, nous ferons pousser des fleurs puis des mots » En tant que manifestante et soldat des mots de la brigade culturelle :), j'ouvre ce topic pour tous ceux qui veulent partager leurs définitions de la culture. Pour ma part je fais mienne celle de Michel Onfray, dans son ouvrage « cosmos », qui assimile la culture à un jardin de l'âme. Un ouvrage plus poétique que philosophique. Voici quelques pages de son chapitre « les géorgiques de l'âme » : p 80/81 « La Quintinie reprend la technique virgilienne de l'invocation des puissances célestes pour favoriser leur participation aux affaires terrestres : le poète latin invoquait l'Empereur Auguste, le directeur des jardins fruitiers et potager du Roi en apelle à Louis XIV et précise que « les mêmes les vertus qui faisaient la félicité de leurs peuples faisaient aussi la fertilité de leurs terres ». La Nature ne refuse rien au Roi, il faut donc obtenir du Roi ce qu'on attend de la Nature. Culte et culture, dieu(x) et agriculture, liaison du Ciel et de la Terre, ici comme souvent ailleurs le paganisme persiste dans le christianisme. On trouverait également trace du paganisme ancien dans la mythologie chrétienne en commentant attentivement le récit des origines car la Genèse montre que culture et agriculture entretiennent une relation intime via leur matériau commun : la terre. Car, on s'en souvient, Dieu crée l'homme à partir de la glaise qu'il pétrit et à laquelle il donne un souffle, pour distinguer cette pâte à modeler haut de gamme de sa forme triviale également présente chez les animaux. La terre qui compose l'homme et celle dans laquelle s'enracinent le blé, la vigne, l'olivier sont une seule et même matière. La culture d'un homme se confond avec son agriculture : il s'agit de transformer un champ d'épines, un roncier, un ramassis de chardons, et de plantes urticantes ou vénéneuses en jardin magnifique. » p 84 « Une géorgique de l'être contemporaine, autrement dit une culture de soi qui emprunte ses modèles à l'agriculture , permettrait d'envisager un genre de construction de soi tel un beau jardin (Francis Bacon raconte dans l'un de ses essais combien il tient le jardin en haute estime philosophique). Un genre de jardin épicurien où l'on trouve nourriture spirituelle, matérielle, corporelle, esthétique, où le potager, le coin des simples, celui des fleurs, offrent de quoi manger, se soigner, prévenir la maladie et se réjouir l'âme du spectacle et du parfums des roses ou des oeillets. Le souverain bien vise par Francis Bacon reste d'actualité pour nos temps sans Dieu. Quel en est le projet ? Un rapport sain, apaisé, joyeux, courtois avec soi, les autres et le monde. Voilà vers quoi devrait tendre toute culture. Autrement dit : sortir de la nature qui nous arraisonne à la brutalité , à l'instinct, aux pulsions, mais toutefois conserver autant que possible la vitalité, la santé, le mouvement de toute nature en nous. Dompter l'animal sauvage sans le détruire, le conduire vers la sublimation de ses forces primitives. Sortir du monde des puissances aveugles de la bête et entrer dans l'univers policé des humains sans oublier notre fond commun avec le primate. » p 87 « Dans l'ordre de la nature, ce qui nous distingue du serpent dont nous conservons une partie du système neuronal, c'est le cortex. Car nous sommes notre cerveau. Autant dire que certains sont peu et d'autres beaucoup. Au moment de la vie nouée dans l'oeuf primitif, la matière neuronale est vide. Elle contiendra exclusivement ce qu'on y mettra ce charges esthétiques (au sens étymologique). Cire vierge à informer. Le cerveau ressemble dans ses premières heures à une terre à ensemencer. Terre du premier homme, matière de toutes les choses, substance destinée à retourner à elle même, mais travaillé, entre deux néants, par la culture. » p.89 « On jardine l'âme comme on nettoie son jardin et ce qui se remarque dans l'un comme dans l'autre s'y trouvera volontairement ou par défaut. S'y l'on n'y prend garde et qu'on ne travaille pas, les mauvaises herbes poussent, puis envahissent la parcelle de terre ou d'âme. Laisser faire, ici comme partout ailleurs, voilà le pire, car ce qui triomphe est toujours le plus bas, le plus vil en nous. La force du cerveau reptilien écrase tout et contrarie le travail du néocortex. Quand celui-ci ne s'active pas, le chemin est libre pour parler à voix haute la bête en l'homme. » p90 « La culture suppose donc une sollicitation neuronale sensuelle constituée d'émotions hédonistes. Apprendre à sentir, goûter, toucher, voir, entendre, afin de pouvoir sentir, goûter, toucher, voir, entendre, puis comprendre et jouir du monde. Le cerveau est l'organe du jugement, du goût réductible à un processus corporel matérialiste. La culture ne concerne que des corps et, même quand elle sollicite l'âme ou concerne l'esprit, nous restons dans la configuration atomique et matérielle des épicuriens. Le simulacre « de la nature des choses » de Lucrèce reste une catégorie opératoire valide à l'ère physique quantique. » p.94 et hommage au ruisseau : « NOUS SOMMES FRAGMENTS DE LA NATURE, FRAGMENTS CONSCIENTS DE LA NATURE. Cette conscience permet de comprendre notre place entre deux néants. Notre vie brève peut être magnifique, elle doit l'être, même du fait qu'elle est brève. Dans un jardin aux antipodes, 'j'ai vu un jour un palmier tallipot dont la spécificité consiste à vivre pour produire une seule et unique fois dans sa vie une fleur sublime, puis de mourir. Leçon de choses et sagesse, leçon des jardins pour une culture qui ne tue pas la nature mais la sublime. Ce géant de plus de vingt cinq mètres de haut au pied duquel je me trouvais dans une île de l'océan indien m'a donné une leçon de sagesse bien supérieure à la lecture de l'oeuvre complète de Kant. Une leçon que peut entendre l'ancien garçon devenu philosophe hédoniste parce-qu'il aima la terre, les champs, les forêts, les bois, les rivières, les mares, les chemins de son enfance et dont le père ouvrier agricole, a vécu toute son existence et traversé le Xxème siècle en virgilien. Combien d'âme nouvelles, de jeunes pousses, peuvent encore connaître aujourd'hui corporellement ce que raconte les Géorgiques de l'âme de Virgile afin de témoigner plus tard que la culture n'est pas destruction de la nature mais sublimation de celle-ci et sculpture de ses forces » et enfin une dernière « pilule » à prendre qui dresse philosophiquement le constat de notre rapport au temps et à l'espace dans nos cultures high tech, une différence entre les vacances/weekends et la semaine de labeur :), dans le chapitre « après demain, demain sera hier » p98/99 : « Le temps des Tziganes n'est pas le temps du gadjo : d'une part, le temps d'avant les sabliers, les clepsydres, les horloges, les réveils, les emplois du temps ; d'autre part, le temps des instruments à le mesurer, à le quadriller, à le compter, à le comptabiliser, à le rentabiliser. Ici, temps du soleil, temps des étoiles, temps des astres, temps des cycles de la nature, temps des saisons ; là, temps des montres, des chronomètres, des pendules. Dès lors, quand le gadjo met son réveil à sonner le matin, prend sa douche, se toilette, s'habille, se rend à son travail non sans avoir regardé sa montre dix fois ou écouté l'heure donnée par sa radio vingt fois, quand il travaille à des choses inutiles, inessentielles, sans intérêts, sans vraies bonne raisons, quand il mange rapidement, quand il reprend le travail l'après-midi pour sacrifier encore de longues heures à des tâches laborieuses, répétitives, productives d'absurdité ou de négativité, quand il voit venu le temps de rentrer chez lui et qu'il s'entasse dans les transports en commun, s'enferme dans sa voiture pour de longs moments perdus dans les bouchons et les embouteillages, quand il rentre chez lui, épuisé, fatigué, harassé, quand il mange machinalement, qu'il s'affale devant sa télévision pour de longues heures de bêtises ingurgitées, quand il se couche abruti par ce qu'il a mangé, vu, entendu, il remet son réveil à sonner pour le lendemain matin où il répétera cette journée et ce pendant des années_ quand il a fait tout ça, le gadjo se dit civilisé. Pendant ce temps, le tzigane aura vécu une journée de simplicité, de vérité, de pure présence au monde, de jouissance voluptueuse d'un temps lent, naturel, surtout pas culturel. Il se sera levé avec le soleil, aura allumé un feu pour préparer un premier repas, il aura médité au rythme de la journée qui se lève, au diapason des bruits de la nature, le cours d'eau d'une rivière, les friselis dans les buissons, les frémissements des branchages dans les haies, la mélodie du vent dans les arbres, le chants des oiseaux, le bruit des herbes froissées lors du passage des animaux sauvages. "
suffragettes AB Il y a 3 jours

« et s'il est sûr que le monde doit être sauvé, il le sera par la poésie, nous ferons pousser des fleurs puis des mots »

En tant que manifestante et soldat des mots de la brigade culturelle , j'ouvre ce topic pour tous ceux qui veulent partager leurs définitions de la culture.

Pour ma part je fais mienne celle de Michel Onfray, dans son ouvrage « cosmos », qui assimile la culture à un jardin de l'âme. Un ouvrage plus poétique que philosophique.
Voici quelques pages de son chapitre « les géorgiques de l'âme » :

p 80/81

« La Quintinie reprend la technique virgilienne de l'invocation des puissances célestes pour favoriser leur participation aux affaires terrestres : le poète latin invoquait l'Empereur Auguste, le directeur des jardins fruitiers et potager du Roi en apelle à Louis XIV et précise que « les mêmes les vertus qui faisaient la félicité de leurs peuples faisaient aussi la fertilité de leurs terres ». La Nature ne refuse rien au Roi, il faut donc obtenir du Roi ce qu'on attend de la Nature. Culte et culture, dieu(x) et agriculture, liaison du Ciel et de la Terre, ici comme souvent ailleurs le paganisme persiste dans le christianisme.
On trouverait également trace du paganisme ancien dans la mythologie chrétienne en commentant attentivement le récit des origines car la Genèse montre que culture et agriculture entretiennent une relation intime via leur matériau commun : la terre. Car, on s'en souvient, Dieu crée l'homme à partir de la glaise qu'il pétrit et à laquelle il donne un souffle, pour distinguer cette pâte à modeler haut de gamme de sa forme triviale également présente chez les animaux. La terre qui compose l'homme et celle dans laquelle s'enracinent le blé, la vigne, l'olivier sont une seule et même matière. La culture d'un homme se confond avec son agriculture : il s'agit de transformer un champ d'épines, un roncier, un ramassis de chardons, et de plantes urticantes ou vénéneuses en jardin magnifique. »

p 84

« Une géorgique de l'être contemporaine, autrement dit une culture de soi qui emprunte ses modèles à l'agriculture , permettrait d'envisager un genre de construction de soi tel un beau jardin (Francis Bacon raconte dans l'un de ses essais combien il tient le jardin en haute estime philosophique). Un genre de jardin épicurien où l'on trouve nourriture spirituelle, matérielle, corporelle, esthétique, où le potager, le coin des simples, celui des fleurs, offrent de quoi manger, se soigner, prévenir la maladie et se réjouir l'âme du spectacle et du parfums des roses ou des oeillets. Le souverain bien vise par Francis Bacon reste d'actualité pour nos temps sans Dieu. Quel en est le projet ?
Un rapport sain, apaisé, joyeux, courtois avec soi, les autres et le monde. Voilà vers quoi devrait tendre toute culture. Autrement dit : sortir de la nature qui nous arraisonne à la brutalité , à l'instinct, aux pulsions, mais toutefois conserver autant que possible la vitalité, la santé, le mouvement de toute nature en nous. Dompter l'animal sauvage sans le détruire, le conduire vers la sublimation de ses forces primitives. Sortir du monde des puissances aveugles de la bête et entrer dans l'univers policé des humains sans oublier notre fond commun avec le primate. »

p 87

« Dans l'ordre de la nature, ce qui nous distingue du serpent dont nous conservons une partie du système neuronal, c'est le cortex. Car nous sommes notre cerveau. Autant dire que certains sont peu et d'autres beaucoup. Au moment de la vie nouée dans l'oeuf primitif, la matière neuronale est vide. Elle contiendra exclusivement ce qu'on y mettra ce charges esthétiques (au sens étymologique). Cire vierge à informer. Le cerveau ressemble dans ses premières heures à une terre à ensemencer. Terre du premier homme, matière de toutes les choses, substance destinée à retourner à elle même, mais travaillé, entre deux néants, par la culture. »

p.89

« On jardine l'âme comme on nettoie son jardin et ce qui se remarque dans l'un comme dans l'autre s'y trouvera volontairement ou par défaut. S'y l'on n'y prend garde et qu'on ne travaille pas, les mauvaises herbes poussent, puis envahissent la parcelle de terre ou d'âme. Laisser faire, ici comme partout ailleurs, voilà le pire, car ce qui triomphe est toujours le plus bas, le plus vil en nous. La force du cerveau reptilien écrase tout et contrarie le travail du néocortex. Quand celui-ci ne s'active pas, le chemin est libre pour parler à voix haute la bête en l'homme. »

p90

« La culture suppose donc une sollicitation neuronale sensuelle constituée d'émotions hédonistes. Apprendre à sentir, goûter, toucher, voir, entendre, afin de pouvoir sentir, goûter, toucher, voir, entendre, puis comprendre et jouir du monde. Le cerveau est l'organe du jugement, du goût réductible à un processus corporel matérialiste. La culture ne concerne que des corps et, même quand elle sollicite l'âme ou concerne l'esprit, nous restons dans la configuration atomique et matérielle des épicuriens. Le simulacre « de la nature des choses » de Lucrèce reste une catégorie opératoire valide à l'ère physique quantique. »

p.94 et hommage au ruisseau :

« NOUS SOMMES FRAGMENTS DE LA NATURE, FRAGMENTS CONSCIENTS DE LA NATURE. Cette conscience permet de comprendre notre place entre deux néants. Notre vie brève peut être magnifique, elle doit l'être, même du fait qu'elle est brève.
Dans un jardin aux antipodes, 'j'ai vu un jour un palmier tallipot dont la spécificité consiste à vivre pour produire une seule et unique fois dans sa vie une fleur sublime, puis de mourir. Leçon de choses et sagesse, leçon des jardins pour une culture qui ne tue pas la nature mais la sublime. Ce géant de plus de vingt cinq mètres de haut au pied duquel je me trouvais dans une île de l'océan indien m'a donné une leçon de sagesse bien supérieure à la lecture de l'oeuvre complète de Kant. Une leçon que peut entendre l'ancien garçon devenu philosophe hédoniste parce-qu'il aima la terre, les champs, les forêts, les bois, les rivières, les mares, les chemins de son enfance et dont le père ouvrier agricole, a vécu toute son existence et traversé le Xxème siècle en virgilien. Combien d'âme nouvelles, de jeunes pousses, peuvent encore connaître aujourd'hui corporellement ce que raconte les Géorgiques de l'âme de Virgile afin de témoigner plus tard que la culture n'est pas destruction de la nature mais sublimation de celle-ci et sculpture de ses forces »


et enfin une dernière « pilule » à prendre qui dresse philosophiquement le constat de notre rapport au temps et à l'espace dans nos cultures high tech, une différence entre les vacances/weekends et la semaine de labeur , dans le chapitre « après demain, demain sera hier »

p98/99 :

« Le temps des Tziganes n'est pas le temps du gadjo : d'une part, le temps d'avant les sabliers, les clepsydres, les horloges, les réveils, les emplois du temps ; d'autre part, le temps des instruments à le mesurer, à le quadriller, à le compter, à le comptabiliser, à le rentabiliser. Ici, temps du soleil, temps des étoiles, temps des astres, temps des cycles de la nature, temps des saisons ; là, temps des montres, des chronomètres, des pendules.
Dès lors, quand le gadjo met son réveil à sonner le matin, prend sa douche, se toilette, s'habille, se rend à son travail non sans avoir regardé sa montre dix fois ou écouté l'heure donnée par sa radio vingt fois, quand il travaille à des choses inutiles, inessentielles, sans intérêts, sans vraies bonne raisons, quand il mange rapidement, quand il reprend le travail l'après-midi pour sacrifier encore de longues heures à des tâches laborieuses, répétitives, productives d'absurdité ou de négativité, quand il voit venu le temps de rentrer chez lui et qu'il s'entasse dans les transports en commun, s'enferme dans sa voiture pour de longs moments perdus dans les bouchons et les embouteillages, quand il rentre chez lui, épuisé, fatigué, harassé, quand il mange machinalement, qu'il s'affale devant sa télévision pour de longues heures de bêtises ingurgitées, quand il se couche abruti par ce qu'il a mangé, vu, entendu, il remet son réveil à sonner pour le lendemain matin où il répétera cette journée et ce pendant des années_ quand il a fait tout ça, le gadjo se dit civilisé.
Pendant ce temps, le tzigane aura vécu une journée de simplicité, de vérité, de pure présence au monde, de jouissance voluptueuse d'un temps lent, naturel, surtout pas culturel. Il se sera levé avec le soleil, aura allumé un feu pour préparer un premier repas, il aura médité au rythme de la journée qui se lève, au diapason des bruits de la nature, le cours d'eau d'une rivière, les friselis dans les buissons, les frémissements des branchages dans les haies, la mélodie du vent dans les arbres, le chants des oiseaux, le bruit des herbes froissées lors du passage des animaux sauvages. "

"avec moi les fils du labeur" + de développement sur les géorgiques de l'âme et le ruisseau, en partant des géorgiques (ou le travail de la terre) de Virgile ici: https://podfanatic.com/podcast/breve-encyclopedie-du-monde-cosmos/episode/les-georgiques-de-l-ame
suffragettes AB Il y a 3 jours

"avec moi les fils du labeur"

+ de développement sur les géorgiques de l'âme et le ruisseau, en partant des géorgiques (ou le travail de la terre) de Virgile ici: https://podfanatic.com/podcast/breve-encyclopedie-du-monde-cosmos/episode/les-georgiques-de-l-ame

Répondre
Contacter un modérateur Statistiques Badges