On dit que tout ce qui est posté sur internet ne disparaît jamais. L’éternité numérique. Alors, moi, j’voudrais dire un truc. Un p’tit message. Une bouteille à la mer pour mon moi du futur et puis pour tous ceux qui passeront par là. T’inquiètes, j’en ai pas pour longtemps, ça sera pas trop long. 

 À l’heure où je t’écris, on est le 29 juillet 2019 et le corps de Steve Canico vient d’être repêché. Il aura fallu 38 jours pour retrouver son corps, à Steve. Il était bien caché ? Non. Par contre, coïncidence, le temps qu’ils le retrouvent (à côté de son lieu de disparition) il était en état de décomposition extrême. Autrement dit : circulez, il n’y a rien à voir. On ne saura jamais ce qui lui ai arrivé. 24 ans. Toi, au moment où tu écris ça, tu es partagé. Partagé entre la peur et l’envie de gerber. La peur parce que, toi aussi, tu t’es retrouvé coincé par la police pendant plusieurs heures au bord de l’eau et ça, t’es pas près de l’oublier. L’envie de gerber parce que tu sais que les coupables ne seront pas punis. Parce que Steve, il est mort pour rien. Parce que Steve, c’est juste une statistique pour eux. Un dommage collatéral. 24 ans. Mais ce qui te glace le sang, c’est même pas ça. Depuis le pont, tu as appris à en avoir peur de la police. Tu as même fait un film dessus. Non, ce qui te prend les tripes, qui te donne envie de gerber, qui fait couler des sueurs froides le long de ta colonne vertébrale, c’est de voir que des gens trouvent normal que Steve soit mort. Que des gens, comme toi, trouvent qu’il n’y a rien à dire. Que oui, c’est triste, mais au fond, c’est pas bien grave. Que la police faisait simplement son travail. Que c’est simplement un accident. Oui. Un accident. Comme tous les mois. À quand toutes les semaines ? 24 ans. 24, putains, d’ans. Mort pour avoir voulu danser. Et, te goure pas, Steve, c’est pas une exception. Parce que la violence ne fait qu’escalader, parce qu’elle ne fait que se banaliser, parce que les coupables ne sont jamais incriminés. Parce que depuis des années, faut pas rêver, la justice, elle est partit en fumée. À tous les Steve de ce pays. À tous ceux qui sont morts assassinés par l’état français. À tous les éborgnés, matraqués, violés, gazés. À toutes les victimes, qui ont pour seul tord de ne pas hocher bêtement de la tête sur la route de l’abattoir. 
 À ces policiers, qui se suicident en découvrant ce qu’est devenu leur métier. À la jeunesse, qui découvre que la dystopie est sortie des romans. À toi, et à tous les autres. À Steve. 24 ans. Steve est mort à 24 ans. Au moment où j’écris ces mots, j’en ai 23.
Léo Ch Il y a 4 mois

On dit que tout ce qui est posté sur internet ne disparaît jamais. L’éternité numérique. Alors, moi, j’voudrais dire un truc. Un p’tit message. Une bouteille à la mer pour mon moi du futur et puis pour tous ceux qui passeront par là. T’inquiètes, j’en ai pas pour longtemps, ça sera pas trop long. 



À l’heure où je t’écris, on est le 29 juillet 2019 et le corps de Steve Canico vient d’être repêché.

Il aura fallu 38 jours pour retrouver son corps, à Steve. Il était bien caché ? Non. Par contre, coïncidence, le temps qu’ils le retrouvent (à côté de son lieu de disparition) il était en état de décomposition extrême. Autrement dit : circulez, il n’y a rien à voir. On ne saura jamais ce qui lui ai arrivé. 24 ans.

Toi, au moment où tu écris ça, tu es partagé. Partagé entre la peur et l’envie de gerber. La peur parce que, toi aussi, tu t’es retrouvé coincé par la police pendant plusieurs heures au bord de l’eau et ça, t’es pas près de l’oublier. L’envie de gerber parce que tu sais que les coupables ne seront pas punis. Parce que Steve, il est mort pour rien. Parce que Steve, c’est juste une statistique pour eux. Un dommage collatéral. 24 ans.

Mais ce qui te glace le sang, c’est même pas ça. Depuis le pont, tu as appris à en avoir peur de la police. Tu as même fait un film dessus. Non, ce qui te prend les tripes, qui te donne envie de gerber, qui fait couler des sueurs froides le long de ta colonne vertébrale, c’est de voir que des gens trouvent normal que Steve soit mort. Que des gens, comme toi, trouvent qu’il n’y a rien à dire. Que oui, c’est triste, mais au fond, c’est pas bien grave. Que la police faisait simplement son travail. Que c’est simplement un accident.

Oui. Un accident. Comme tous les mois. À quand toutes les semaines ? 24 ans. 24, putains, d’ans. Mort pour avoir voulu danser. Et, te goure pas, Steve, c’est pas une exception. Parce que la violence ne fait qu’escalader, parce qu’elle ne fait que se banaliser, parce que les coupables ne sont jamais incriminés. Parce que depuis des années, faut pas rêver, la justice, elle est partit en fumée.

À tous les Steve de ce pays.

À tous ceux qui sont morts assassinés par l’état français.

À tous les éborgnés, matraqués, violés, gazés.

À toutes les victimes, qui ont pour seul tord de ne pas hocher bêtement de la tête sur la route de l’abattoir. 


À ces policiers, qui se suicident en découvrant ce qu’est devenu leur métier.

À la jeunesse, qui découvre que la dystopie est sortie des romans.

À toi, et à tous les autres.

À Steve.

24 ans. Steve est mort à 24 ans.

Au moment où j’écris ces mots, j’en ai 23.

"T'es parti une fois de trop C'est difficile Et tout sera classé Au fond d'un fait divers On dit que c'est fini Que c'est déjà hier Et on sort prendre l'air" Lavilliers "Sax'aphone"
caféine Il y a 4 mois

"T'es parti une fois de trop
C'est difficile
Et tout sera classé
Au fond d'un fait divers
On dit que c'est fini
Que c'est déjà hier
Et on sort prendre l'air"

Lavilliers "Sax'aphone"

Puissent les années qui s'annoncent te donner tort. Puissent-elles ne pas fatiguer ta conscience et t'amener à admettre l'inadmissible. Puissent-elles aussi te faire tenir debout et trouver du beau à la vie, malgré tout.
Ema Il y a 4 mois

Puissent les années qui s'annoncent te donner tort.
Puissent-elles ne pas fatiguer ta conscience et t'amener à admettre l'inadmissible.
Puissent-elles aussi te faire tenir debout et trouver du beau à la vie, malgré tout.