J'peux pas écrire. Et le matin j'peux pas me lever. Le matin j'peux pas me lever, j'peux pas affronter la journée, tout ce qui fait une journée. En milieu de journée ça va, et plus la journée file, plus j'ai peur. J'ai peur de rentrer, j'ai peur de mon appartement, j'ai peur du lendemain. Du lendemain matin, du réveil. De la boule au ventre, de l'envie de pleurer. J'ai peur d'avoir peur. J'ai peur de vivre. J'ai peur de la solitude qui envahit mon corps tout entier, du désespoir, qui me mange. A chaque épreuve un peu plus. On m'fait une pichenette et moi j'tombe par terre, j'suis KO. Comment on éteint la machine?
Toujours ça se répète, et toujours on m'abandonne ou on ne veut plus de moi, d'un seul coup, pour rien et sans rien dire. Quand est-ce que ça a commencé? Aucune idée, si je pouvais rejouer le film, revoir et comprendre...
"- Va jouer dans ta chambre
-Mais pourquoi, je regarde la télé là
-Monte
-Mais pourquoi, tu fais rien là, t'as pas besoin du salon, ya personne? Pourquoi tu veux me faire monter alors que je regarde sagement l'écran, je dis rien, je demande rien, j'suis juste assise là, j'te demande rien.
-Monte!
- D'accord..."
C'est violent de partir sans rien dire, de s'effacer complètement comme si rien n'avait jamais existé. Comme si chaque instant n'avait jamais existé. Jamais. Mais je sais qu'il est là quelque part dans la ville, je peux le croiser, il peut me croiser, croiser mon regard. Et voir. La cruauté du geste, la violence de ses actions, de ses non-dits, tout. L'humiliation et l'irrespect. Il me fout par terre, il pourrait au moins avoir un regard, faire semblant d'être désolé, au moins. Je sais pas, je mets n'importe quelle explication, puisque j'en ai pas, que je n'en aurais jamais, vraiment jamais, un vrai jamais, de plus jamais. Il n'existe plus, je n'existe plus.
Donc je monte dans ma chambre. Et c'est tout.