Le 27 Janvier 2017
Nous aimerions revenir sur les propos entendus il y a peu sur le plateau du JT de France 2 qui sont de dire que « la pollution en France diminue d’année en année ». Qu'en est-il ?
La réponse de Strasbourgrespire :
Et bien ! Ce n’est pas faux pour une bonne partie des polluants, en particulier le dioxyde de souffre qui est un polluant industriel et qui était présent en grande quantité dans les carburants diminue effectivement.
Mais la pollution aux particules fines diminue t-elle?
c’est vrai pour les particules que l’on mesure depuis longtemps, les PM10 (diamètre inférieur à 10µm) qui sont les plus grosses des particules fines mais désormais l’essentiel des particules émises sont des particules bien plus fines, par exemple 90% des particules émises par un diesel sont des particules ultrafines (également appelé nanoparticules)qui ont un diamètre inférieur à 0,1µm, ces particules ultrafines ne sont que très peu prises en compte par les systèmes de mesures actuelles.
Pourquoi ? Car les systèmes de mesures des particules qui sont utilisés en routine ne reposent que sur la détection de la masse particulaire or les particules ultrafines ont un poids négligeable et échappent donc à ces instruments. Ainsi on peut vous annoncer que la concentration en particules fines n’est que de 20µg/m3, vous aurez l’impression de respirer un air presque pur alors que des milliers de particules ultrafines peuvent être présentes mais non dosées !
Pourtant les solutions existent, ce sont les compteurs à particules qui prennent en compte l’ensemble des particules y compris les plus fines, quelles que soit leur taille. Si ces compteurs à particules qui permettent de mesurer l’ensemble des particules fines existent, pourquoi ne sont-ils pas utilisés en routine ?
L’Europe est en partie responsable de ce dangereux paradoxe car en ne fixant pas de normes en terme de nombres de particules (toutes les normes sont fixées en terme de masse particulaire en µg/m3, ce qui sélectionne automatiquement les plus grosses particules), aucun pays membre n’a donc l’obligation de mesurer les particules ultrafines, même si elles représentent la majorité des particules émises notamment par le trafic !
On le comprend donc, parler de diminution de la pollution est donc un raccourci inexact, il est plus juste de dire que la pollution se modifie et que nos normes et instruments de mesures ne sont plus adaptées à la pollution particulaire actuelle, les experts européens alertent sur ce problème depuis le début des années 2000, il y a donc 16 ans.
L’autre rectificatif à apporter au 20h de France 2 concerne la part du trafic dans les émissions de particules qui ne représenterait que 14% des émissions d’après le journaliste présent sur le plateau. Cela est une moyenne, en ville comme à Paris par exemple la part du trafic peut monter jusqu’à plus de 40% des émissions particulaires et encore on ne parle là que des émissions primaires c’est-à-dire celles qui sortent du pot d’échappement. En effet si l’on prend en compte les très nombreuses particules secondaires qui se forment par interaction atmosphérique entre l’ammoniac agricole (émis lors des épandages) et les gaz (oxydes d’azote (NOX)) émis par les diesels, la part des émissions particulaires imputables directement ou indirectement au trafic devient énorme. Car sans ces précurseurs du trafic (NOX) ces particules secondaires ne se formeraient pas, ou du moins en bien plus faible quantité. On voit donc que les émissions particulaires du trafic routier et notamment des diesels ont un impact bien plus important que les 14% indiqués de ce reportage !